Déséquilibres mondiaux : les anciens et les nouveaux
Après plus d’une décennie de réduction des déséquilibres des comptes courants mondiaux à la suite de la crise financière de 2008-2009, ces déséquilibres se sont fortement accrus à partir de 2020. Cela pourrait annoncer un changement structurel dans la manière dont les flux d’épargne, d’investissement et de commerce interagissent (FMI, 2025). Cette résurgence des divergences économiques ravive des risques systémiques bien connus des cycles macrofinanciers mondiaux, tels que l’instabilité financière, les problèmes de mauvaise allocation des ressources ou encore les tensions commerciales (Pinchetti, 2025). Il existe certes des points communs avec les épisodes précédents (Bénassy-Quéré, 2026). Cependant, ce qui distingue la période actuelle n’est pas seulement l’ampleur du déséquilibre, mais aussi le fait que certains éléments de contexte ont profondément changé : les tensions géopolitiques sont devenues particulièrement complexes dans un monde multipolaire ; la nature même de la mondialisation a évolué avec le développement des chaînes de valeur mondiales, qui renforcent l’interdépendance des pays tout en rendant plus difficile l’analyse des excédents et déficits courants.
La recherche macroéconomique apporte des éclairages clairs sur les solutions aux déséquilibres mondiaux. À leur origine se trouvent des distorsions domestiques persistantes. Dans les pays excédentaires, l’épargne de précaution reste élevée, les systèmes de protection sociale sont insuffisamment développés et l’investissement est trop concentré dans les secteurs tournés vers l’exportation. Dans les économies déficitaires, la dépendance au financement externe est renforcée par une faiblesse de l’épargne privée et une certaine rigidité budgétaire structurelle.
La correction de ces déséquilibres exige davantage qu’une gestion macroéconomique de court terme : elle nécessite des réformes structurelles coordonnées et de long terme. Au niveau multilatéral, les décideurs reconnaissent de plus en plus que les divergences externes ne s’expliquent plus uniquement par les flux commerciaux bilatéraux, mais par des incohérences macrofinancières au sein d’un système mondial fragmenté. Sans coordination, ce qui commence comme un échec d’ajustement national peut se transformer en désorganisation globale.
L’accord du Plaza de septembre 1985 constitue une tentative historiquement rare des principales économies avancées de traiter les déséquilibres mondiaux par un ajustement coordonné des taux de change. Toutefois, s’il est souvent présenté en Europe comme un symbole des bénéfices de la coopération internationale, cette lecture n’est pas universelle.
Malgré son succès dans la correction d’un dollar surévalué, l’accord du Plaza n’a pas permis d’éliminer les déséquilibres mondiaux sous-jacents. En Chine, l’interprétation dominante est que la pression extérieure en faveur d’un ajustement du taux de change a affaibli la compétitivité du Japon et ouvert la voie à plusieurs décennies de stagnation économique. Aux États-Unis, l’enseignement tiré est plutôt que les déséquilibres externes peuvent être corrigés par la pression et le levier politique, plutôt que par des ajustements structurels (Hoshi, 2026).
Le problème majeur est que ces interprétations divergentes issues de l’expérience américano-japonaise interagissent aujourd’hui de manière particulièrement déstabilisatrice dans le contexte du déséquilibre sino-américain. La politique économique est de plus en plus imbriquée dans la rivalité géopolitique. Dans ce cadre, les lectures divergentes de l’accord du Plaza et des relations États-Unis–Japon réduisent l’espace disponible pour un ajustement coopératif.
C’est dans ce contexte que le laboratoire conjoint BdF–FFJ vise à réunir des chercheurs de premier plan issus du monde académique, des banques centrales et des institutions financières afin de présenter des travaux de recherche sur ces thématiques. Cette collaboration doit permettre d’obtenir une vision plus large des dynamiques actuelles, ainsi que des résultats et recommandations à portée opérationnelle.


