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Souveraineté numérique et IA : l’Europe passe à l’investissement

Experts, investisseurs et représentants européens ont dressé les contours de cette étape vers une plus grande souveraineté numérique.
Oct 6, 2026 16:14
Oct 6, 2026

Après avoir posé son cadre réglementaire, l’Europe doit désormais relever un autre défi : financer, développer et adopter ses propres solutions d’intelligence artificielle. Réunis à l’Hôtel de Bourrienne, experts, investisseurs et représentants européens ont dressé les contours de cette nouvelle étape vers une plus grande souveraineté numérique.

Le Cercle Europe IA & Finance, en partenariat avec l’Institut Louis Bachelier, Qant et L’AGEFI, a organisé une nouvelle session de travail dans le prolongement de la rencontre « Comment construire une IA européenne autonome ? ».

Au programme : évolution du cadre juridique, flux d’investissement dans l’intelligence artificielle et stratégie européenne pour renforcer ses capacités technologiques.

Amélie Maindron et Gilles Rouvier ont ouvert la matinée en présentant les nouvelles dispositions réglementaires qui redessinent le paysage de l’IA en Europe. Olivier Martret a ensuite proposé un panorama des investissements européens dans le secteur : où vont aujourd’hui les capitaux et, surtout, où doivent-ils aller demain ?

Trois freins à l’émergence d’une IA européenne

Thibaut Kleiner, directeur des Réseaux du Futur à la DG CNECT de la Commission européenne, a présenté les orientations du paquet « Souveraineté numérique et IA » inscrit dans le prochain budget européen, ainsi que les enjeux liés au Cloud & AI Development Act (CADA).

Son constat met en lumière trois obstacles majeurs.

Le premier est le financement du changement d’échelle. L’Europe sait faire émerger des start-up et financer leurs premières étapes, mais rencontre davantage de difficultés lorsqu’elles doivent accélérer leur croissance. Alors que les États-Unis peuvent notamment s’appuyer sur leurs fonds de pension, l’épargne européenne reste encore insuffisamment orientée vers le financement de ces entreprises.

Deuxième difficulté : la demande. Les entreprises européennes n’adoptent pas encore l’intelligence artificielle à une échelle suffisante pour jouer pleinement leur rôle de locomotive. Or construire une industrie européenne de l’IA suppose aussi de disposer d’un marché capable d’acheter et de déployer ses solutions.

Enfin, la fragmentation du marché européen continue de freiner le passage à l’échelle. Malgré l’existence d’un cadre commun avec l’AI Act, les différences entre pays compliquent encore le développement d’entreprises capables de passer rapidement d’un marché national à l’ensemble du marché européen.

Financer, stimuler la demande, construire l’offre

Face à ces difficultés, la stratégie européenne s’articule autour de trois priorités.

La première consiste à mieux orienter les capitaux vers les entreprises européennes de l’IA. L’approfondissement de l’Union des marchés de capitaux doit notamment permettre de mobiliser davantage l’épargne européenne au service de l’innovation et du financement de la croissance.

La deuxième priorité est de stimuler la demande. L’enjeu n’est pas seulement de faire émerger des technologies européennes, mais d’accélérer leur adoption par les entreprises, des PME aux grands groupes.

Enfin, l’Europe entend renforcer son offre technologique sur l’ensemble de la chaîne de valeur : centres de données, cloud, modèles d’IA et puces. L’objectif présenté est notamment de tripler les capacités européennes en matière de data centers.

De la souveraineté réglementaire à la souveraineté industrielle

Cette nouvelle étape marque une évolution importante du débat européen sur l’intelligence artificielle. La souveraineté numérique ne repose pas uniquement sur la capacité à fixer des règles : elle dépend aussi de la capacité à financer, produire et utiliser les technologies.

L’Europe dispose de talents, de start-up et d’une importante capacité d’épargne. Le défi est désormais de transformer ces atouts en entreprises capables de grandir sur le continent, en infrastructures technologiques et en usages à grande échelle.

Après le temps de la réglementation vient donc celui de l’investissement. Pour construire une IA européenne autonome et compétitive, l’enjeu est désormais de faire émerger un véritable écosystème, du capital jusqu’aux infrastructures et aux utilisateurs.

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