
Dans le cadre du Risk Forum 2026 de l'Institut Louis Bachelier consacré aux « Hidden Financial Risks », une table ronde intitulée « Measuring Geopolitical Risks and Their Impact on Investment and Financing Portfolios » a réuni plusieurs experts académiques et professionnels de la finance afin d'explorer les liens croissants entre tensions géopolitiques et stabilité financière.
Animée par Charles-Albert Lehalle, professeur au Centre de Mathématiques Appliquées (CMAP) de l'École polytechnique – Institut Polytechnique de Paris, la discussion faisait suite à une intervention du Professeur Matteo Iacoviello (Federal Reserve Board). Elle réunissait Dorothée Rouzet, Sébastien Jean, Anna Simoni et Julien Pincet, qui ont apporté des éclairages complémentaires sur les vulnérabilités du système financier, la mesure des risques géopolitiques, l'utilisation des données et de l'intelligence artificielle, ainsi que les implications concrètes pour la gestion d'actifs.
Face à un environnement international marqué par les tensions commerciales, les rivalités stratégiques, les risques cyber et la fragmentation progressive des chaînes de valeur mondiales, les intervenants ont souligné la nécessité de développer de nouveaux outils d'analyse afin de mieux comprendre les mécanismes de propagation des chocs géopolitiques et leurs conséquences sur les marchés financiers.
Dorothée Rouzet met en évidence plusieurs zones de fragilité susceptibles d'accentuer les risques financiers à l'échelle mondiale. Parmi elles figurent les valorisations élevées et la concentration des investissements dans les secteurs technologiques et de l'intelligence artificielle aux États-Unis, les niveaux historiquement élevés de dette publique, le développement rapide des intermédiaires financiers non bancaires (NBFI) ainsi que l'augmentation des cyberrisques.
Sébastien Jean analyse la manière dont les tensions géopolitiques se diffusent au sein des chaînes de valeur mondiales. Il rappelle que le risque géopolitique résulte de décisions stratégiques prises par les acteurs économiques et politiques et qu'il se traduit de plus en plus par une fragmentation des marchés internationaux, notamment sous l'effet des restrictions à l'exportation et des nouvelles politiques industrielles.
Anna Simoni présente les défis liés à la conception d'indicateurs capables de capter les signaux faibles des risques géopolitiques. Les données de marché, les données textuelles et les données macroéconomiques offrent aujourd'hui de nouvelles sources d'information, dont l'exploitation repose largement sur les techniques de machine learning et d'intelligence artificielle pour identifier des signaux pertinents au sein de masses de données complexes.
Julien Pincet partage la perspective des investisseurs institutionnels confrontés à un environnement de plus en plus incertain. Il souligne l'importance de repenser les stratégies de diversification en intégrant davantage les enjeux liés aux chaînes d'approvisionnement, aux infrastructures de marché et aux risques opérationnels associés à la conservation des actifs financiers.
Les échanges ont finalement mis en évidence une évolution profonde des pratiques d'analyse des risques. Dans un monde caractérisé par une incertitude croissante, les institutions ne cherchent plus seulement à prévoir l'avenir mais à développer des approches prospectives fondées sur des scénarios multiples, permettant de mieux anticiper les ruptures potentielles et de renforcer la résilience du système financier.
La retranscription complète de cette table ronde est disponible en téléchargement ci-dessous.